Chères Namuroises, chers Namurois,

Depuis une semaine, les chiffres s’emballent. Et les communications gouvernementales aussi. Vendredi dernier, par deux fois, le matin et le soir, de nouvelles mesures ont été annoncées pour juguler la pandémie dans notre pays et région. Puis dimanche soir encore. Ces mesures étaient attendues. L’avis largement majoritaire des scientifiques est néanmoins que celles-ci demeurent insuffisantes. Les gouvernements n’excluent d’ailleurs pas de devoir en prendre d’autres encore.

Je l’ai déjà dit antérieurement : si Namur a été relativement épargnée au printemps dernier lors de la première vague, il n’en est plus rien à présent avec cette seconde vague. Les contaminations à Namur sont exponentielles mais surtout, et c’est bien là l’élément le plus préoccupant, les hospitalisations se multiplient elles aussi et sont plus problématiques qu’en mars dernier.

Les responsables hospitaliers namurois sont d’ailleurs particulièrement alarmés par l’explosion des hospitalisations. Ça craque désormais de partout, tandis que le personnel est épuisé et se fait rare en raison des maladies ou quarantaines, alors que nous avons plus que jamais besoin de bras dans nos unités de soins. La situation est telle que nos trois hôpitaux namurois ont décidé, ensemble, de ne plus accepter aucun patient à partir de ce lundi sauf les seuls cas d’urgence médicale. C’est du jamais vu dans l’histoire de notre ville, à mon souvenir. Des contacts ont également été établis avec la Défense, pour que sa composante médicale puisse venir en renfort en milieu hospitalier ou dans nos seigneuries.

J’ai débattu de cette situation avec les divers participants de notre cellule de crise. Avec les responsables de l’enseignement aussi, tous réseaux confondus et tout type d’enseignement, ordinaire, artistique, qualifiant ou spécialisé. Cela nous amène à devoir prendre de nouvelles dispositions fortes pour enrayer cette propagation du virus, d’autant que Namur devient progressivement une ville où le taux de contamination inquiète. Il est en effet désormais supérieur à la moyenne wallonne.

J’ai toujours plaidé pour que nos dirigeants aient une approche globalisée des mesures à prendre dans les différents secteurs pour éviter d’en stigmatiser un plus particulièrement. Aujourd’hui, la succession des mesures annoncées par les gouvernements fédéral et des entités fédérées, impacte une pluralité de secteurs. Tous les scientifiques et nos personnels hospitaliers demandent une action vigoureuse pour tenter de geler les effets du virus et aplatir la courbe des hospitalisations.

L’enseignement  ne  sait  pas  être  ignoré  de  l’équation.  Le  passage  en  code  orange  décidé récemment par la ministre ne doit entrer en vigueur que le 12 novembre prochain. C’est trop tard, car la course exponentielle du virus, c’est actuellement qu’elle se vit.

Aussi, vu le cri d’alarme de nos trois hôpitaux namurois, vu l’impérieuse nécessité d’agir pour réduire les hospitalisations, vu l’indispensable action à devoir mener pour soulager le personnel des soins, nous avons accueilli positivement la récente décision du Gouvernement de la Communauté française d’interdire à partir de mercredi tous les cours en présentiel au sein de l’enseignement secondaire, même si nous sommes conscients que cela a généré des difficultés logistiques notamment du côté des directions d’écoles. C’est une décision que nous étions nous-mêmes en train d’envisager de prendre depuis vendredi soir. Nous avions déjà pris des contacts en ce sens, y compris avec les autorités de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

De la sorte, en ne permettant plus le rassemblement physique des élèves à partir ce mercredi 28 octobre jusqu’au jeudi 12 novembre, quinze jours francs de break, de césure, de quarantaine indirecte en quelque sorte, sont offerts à tous nos jeunes ados et leurs professeurs. Ces deux semaines doivent permettre un choc, un coup de frein majeur dans les risques de propagation du virus dans nos écoles, et espérer que la reprise physique des cours le 12 novembre puisse se passer dans un cadre sanitaire plus sain et moins problématique qu’aujourd’hui. C’est en tout cas le vœu que je formule et la motivation essentielle de cette décision de la Communauté française.

Les cours sont suspendus en présentiel, cela ne veut pas dire qu’ils sont annulés. Chaque établissement prendra les dispositions qu’il jugera pertinente pour permettre au maximum la dispense des cours par voie électronique ou vidéo conférence. L’expérience des mois de mars-avril derniers sera certainement utile pour aborder ces 2 jours et demi avec davantage d’efficacité. Il faudra, le moment venu, que l’on évalue les modalités de reprise des cours après les congés de Toussaint, à la lumière également de la situation sanitaire namuroise.

Je rappelle que la Ville de Namur, via son CPAS, a prévu un fonds budgétaire spécifique pour intervenir financièrement dans l’acquisition d’ordinateurs pour les familles qui seraient confrontées à des difficultés qui ne permettraient pas d’équiper correctement leurs enfants. Et il ne faut pas nécessairement émarger au CPAS pour y avoir droit. Si vos enfants résident sur notre commune, manifestez-vous au besoin auprès de notre centre public d’action sociale.

Pour rester cohérents avec cette mesure qui vise à éviter les contacts et brassages entre jeunes ados à partir de 12 ans, nous décidons à Namur de mesures complémentaires qui entrent elles aussi en vigueur ce mercredi 28 octobre et produisent leur effet jusqu’au 15 novembre inclus :

  • les stages et plaines de vacances sont interdites pour les enfants à partir de 12 ans ;
  • les réunions des mouvements de jeunesse sont interdits aussi pour les 12 ans et plus ;

Les cours de l’Ecole des Beaux-Arts et du Conservatoire ne peuvent plus non plus se dispenser en présentiel pour les élèves à partir de 12 ans, dès ce mercredi et jusqu’à la reprise scolaire le 12 novembre.

Nous nous sommes évidemment interrogés sur la nécessité ou pas d’aller plus loin, et de fermer les écoles primaires de notre réseau communal, comme d’autres communes l’ont fait. Voire de faire fermer les écoles primaires de tous les réseaux. Ce n’est pas une décision évidente, dès lors qu’en la matière les avis sont nombreux et souvent contradictoires. Nous devons dès lors essayer d’élaborer une politique qui soit fondée sur les risques (qui soient  suffisamment sérieux et mesurables), sachant que les risques psychologiques ne sont pas les moindres. De nombreux spécialistes de la santé mentale montent aujourd’hui au créneau pour dénoncer les risques de dépression, d’anxiété, de désociabilisation ou de décrochage scolaire. Nos enfants ne sont et ne seront pas épargnés par de tels problèmes dont il importe aussi de les protéger en évitant de décréter trop rapidement la fermeture des écoles.

Par ailleurs, autant les enfants de 12 ans et plus peuvent rester généralement seuls à la maison, sauf cas présentant des besoins spécifiques, autant il est plus difficilement concevable de laisser des enfants de primaire seuls à la maison. Pareille fermeture serait donc extrêmement contraignante pour les parents, les travailleurs et plus encore pour les parents travaillant dans notre système de santé, à l’hôpital, en structure pour personnes handicapées, en crèche ou en maison de repos par exemple. Surtout, de l’aveu même des experts médicaux que nous avons consultés dans le cadre de notre cellule de crise, ce ne serait guère pertinent d’un point de vue sanitaire car au-delà de l’angoisse légitime de certains parents, l’école primaire ne semble pas aujourd’hui être un foyer de contamination particulier. Nous maintenons donc les écoles maternelles et primaires ouvertes. Evitons aussi les comportements trop anxiogènes vis-à-vis de nos jeunes enfants.

Pour rappel, les contacts avec l’administration centrale de la Ville ou du CPAS ne peuvent se faire désormais que par téléphone ou sur rendez-vous. Les mesures régionales sont aussi d’application pour nos maisons de repos publiques ; soit un seul visiteur par période de quinze jours par résident. Il n’y a plus de sortie autorisée au domicile d’un membre de la famille ni de visite en chambre à l’exception de situations médicales délicates, telles la fin de vie et le syndrome du glissement.

Au vu de l’absence croissante du personnel qualifié, je vous confesse que nous éprouvons des difficultés à assumer l’encadrement suffisant en nombre et en compétences pour l’abri de nuit pour sdf et le chauffoir (abri de jour). Nous sommes actuellement contraints de réduire le nombre de personnes à pouvoir accueillir à l’abri de nuit faute de bras. Afin de devoir éviter d’activer l’arme ultime offerte aux bourgmestres qu’est la réquisition de personnel sur notre territoire, je lance un appel pour que les personnes qualifiées dans l’accompagnement de sdf ou plus largement les personnes présentant un diplôme d’assistant.e social.e ou d’éducateur.trice puissent se faire connaître  auprès  du  service  de  cohésion  sociale  de  la  Ville.  Nous  avons  besoin  de  vous pour garantir cet accueil de qualité de jour comme de nuit qui nous tient à cœur, au bénéfice des plus démuni.e.s et cela aux portes de l’hiver. Vous pourriez être soit mobilisé.e.s d’office, soit versé.e.s dans une réserve.

Enfin, je rappelle qu’en vertu des décisions du gouvernement ou de Monsieur le Gouverneur, les piscines sont fermées au public, le porte-à-porte est interdit et le port du masque est obligatoire dans les cimetières et aux entrées et sorties des écoles, lieu où trop souvent encore on déplore un non-respect de cette obligation. Plus globalement, portez tous le masque en tout temps ! C’est encore le plus simple.

Des filtres à glisser dans les masques en tissu restent disponibles en nombre auprès de votre administration communale. Manifestez-vous à l’Espace Participation rue de Fer, à côté de l’entrée principale de l’Hôtel de Ville, si vous en désirez.

Merci à tous pour votre collaboration dans ce combat contre le virus et pour la vie. La Ville vous en remercie mais le personnel soignant encore plus. Prenez soin des autres. Prenez soin de vous.