Edition N°44 - Tine Briac ou de Jambes à Flawinne
Hommage à la comédienne
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Tine Briac photographiée en 1942 à l'occasion d'une représentation de la pièce "3inne étage" |
En ce début du mois d’avril 2004, la Compagnie Tine Briac rend hommage à sa directrice, décédée l’année dernière dans sa nonantième année. Elle interprète au Théâtre Royal de Namur la pièce fétiche de la comédienne wallonne 3inne étage, œuvre en trois actes et neuf tableaux d’Alfred Géri traduite par Georges Jacques. Cette pièce, devenue un classique du théâtre populaire wallon, fut autrefois mise en scène par Tine Briac elle-même1.
Naissance à la Basse-Enhaive2
Le nom de Tine Briac est associé à l’ancienne commune de Flawinne où elle termina sa vie, mais peu savent que c’est à Jambes, et dans le quartier de la Basse-Enhaive qu’elle vit le jour le 7 août 1914.
Fille unique de Joséphine Defense et de François Briac, elle naît dans une cave au numéro 187 de la Chaussée de Liège pendant cette période trouble du début de la Première Guerre mondiale. De vocation précoce, Ernestine Briac dite Tine fait déjà partie de la trou-pe de théâtre de la verrerie d’Herbatte, dès l’âge de 13 ans, où elle joue le rôle d’une petite ingénue dans Djan Bourique.
Ce quartier de la Basse-Enhaive, Tine Briac le fréquente pendant plus de trente-cinq ans. Elle reste, en effet, chez ses parents jusqu’à son mariage le 27 mai 1950 avec Marcel Melebeck, entrepreneur de pompes funèbres mais aussi comédien.
Namur au lieu de Paris3
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En 1934, Tine Briac remporte la coupe du roi avec le cercle royal Sambre et Meuse. |
En 1932, Tine Briac joue pour la première fois au théâtre de Namur avec le Cercle Royal Sambre et Meuse dans une revue A nous les nues de Lise Lix. Deux ans plus tard, elle remporte la coupe du roi avec la pièce Li p’tit mitan donnée devant le Gouverneur François Bovesse à Nivelles.
Au cours de la guerre, la comédienne met en scène Troisième étage, comédie ayant pour cadre une cage d’escalier de la rue des Brasseurs où s’apostrophent des comères. Malgré la censure imposée par l’occupant allemand, Tine Briac se produit au profit du Colis du prisonnier. Elle échappe au bombardement américain de Namur mais est cependant blessée.
À cette époque, Radio Namur fait ses premiers pas, rue de Stassart. Tine Briac et des comédiens jouent trois fois par semaine. Ce sont les premières pièces radiodiffusées.
En 1946, le Cercle Sambre et Meuse fusionne avec la troupe de La Renaissance pour former le Théâtre wallon namurois. (255 représentations au T.R.N. jusqu’en 1966, sans compter les tournées). Le comédien français Raimu est de passage à Namur à cette époque et remarque Tine Briac. Il l’invite à venir à Paris et à jouer dans Clochemerle. Tine Briac décline l’offre préférant être la première à Namur que la deuxième à Paris !
Deux complices
Son premier complice sur les planches n’est autre que son époux Marcel Melebeck qui l’accompagnera dans une centaine de représentations. La popularité de Tine ne cesse de croître et son activité est débordante. L’auteur namurois Jean Servais est son autre complice. Il écrit pour elle des pièces truculentes, finement observées. Certains se souviennent de Tourniquet qui raconte l’histoire d’un petit commerce.
La Compagnie Tine Briac
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Au soir de sa vie, Tine Briac passe en revue les principales étapes de sa carrière.(© J.Duchateau) |
L’année 1966 est importante pour le Théâtre wallon namurois puisque Tine crée à ce moment sa propre troupe, la Compagnie Tine Briac. Celle-ci donnera près de 200 représentations au Théâtre Royal de Namur jusqu’à sa dissolution en 1999.
On se souviendra particulièrement de La vie en rose enregistrée en 1976 par la télévision. Cette année, la comédienne reçoit la Gaillarde d’argent du Comité central de Wallonie. Tine poursuit sa carrière en défendant le théâtre wallon même si le dialecte ne jouit plus du même attrait auprès du public.
À 85 ans, Tine Briac arrête ses activités de comédienne. Elle joue son dernier rôle, celui d’une meskène dans Li Mônsieu da madame de Nicolas Trokart. Ainsi, se termine une carrière bien remplie, comptant 28 opérettes wallonnes, 453 représentations au Théâtre Royal de Namur, 14 revues, 8 directeurs du théâtre, 8 captations TV, … Ça fait quand même quelque chose d’arrêter, dit-elle, mais ma devise est «Le roi est mort, vive le roi». Tous les rôles sont beaux quand on les défend. Grâce à Tine Briac, le Théâtre wallon namurois n’est pas mort. Léonce André4 et Guy Brosteaux veillent au grain.
L’an 2000 correspond aux 50 ans de mariage de Tine Briac et Marcel Melebeck établis à Flawinne.
Tine Briac décède à Salzinnes le 16 juillet 2003.
Tine Briac n’est plus. Le souvenir qu’elle laissera : assurément un talent inné de comédienne qui aurait pu tout aussi bien connaître le succès en toute autre ville ; une bonne humeur communicative et chaleureuse qui emportait le public dès son entrée sur scène ; son sens de la langue wallonne populaire, chaude, riche, proche mais jamais vulgaire5.
Notes
1. J.-F. LAHAUT, La Compagnie «Tine Briac» rend hommage à sa directrice, dans Passe-Partout Namur-Citadelle, n° 13, 24 mars 2004.
2. Comité de quartier de Basse-Enhaive asbl, trimestriel n° 25, décembre 2003, p. 4.
3. M. ASSELBOURG (propos recueillis par), Tine Briac : carrière de star, dans Vers l’Avenir, 4 mai 1999.
4. Nous remercions très sincèrement Monsieur Léonce André qui a eu l’amabillité de nous confier de nombreuses informations sur le sujet traité dans cet article.
5. J.-F. P(ACCO), Namur. Décès de Tine Briac. Merci po l’plaiji apwarté aux djins d’Nameur, dans Vers l’Avenir, 16 juillet 2003. Voir aussi le site internet : http://ibelgique.ifrance.com/flawinne/francais/fwhabifr.htm
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