Carte des Environs de Namur
A Namur, chez A. Tessaro fils
Carte lithographiée. 1844.
Namur, Jardin du Cloître. Coll. SAN, inv. B-Ca-079.

J.-J.-Fr., comte de Ferraris
Namur. Carte de Cabinet des Pays-Bas autrichiens. 1771-1778.
Tirée de www.geoportail.wallonie.be

Félicien Rops,
Les rochers des Grands-Malades
Huile sur toile. 1876.
Liège, Musée de l’Art wallon, inv. A.W. 2171.

H.-G. Rolen,
Plan de la Ville de Namur
et de ses environs (détail)
1868.
Namur, Jardin du cloître. Coll. SAN.

Armand Dandoy,
L’étang d’Anhaive à Jambes
Tirage au collodio-chlorure.
Namur, Musée archéologique. Coll. SAN.

DE L’ÎLE D’ENHEFFE à l’anse d’Anhaive1

Depuis longtemps, la Meuse est une artère de communication, notamment commerciale. Mais ce n’est qu’au 19e siècle, et plus encore après les terribles inondations de 1880 et de 1929, que son cours a petit à petit été domestiqué. Ses berges ont été aménagées, son débit a été régulé au moyen de barrages, son lit a été dragué, des voies rapides ont été développées le long de ses berges, …
La Meuse a dès lors progressivement perdu son caractère naturel et les îles qui parsemaient autrefois son cours sont
devenues moins nombreuses.

L’une d’elles était l’île d’Enhaive. Située à proximité de la ferme de la basse Enhaive, elle est notamment visible sur la carte de Ferraris (1777).

À l’aval de Namur, et depuis le Pont-de-Meuse jusqu’à l’île d’Enheffe, la rivière coule avec une vitesse moyenne d’environ 1,50 m dans les basses eaux. Durant les quatre mois d’étiage, le bras de droite de l’île est à peu près sec ; aussi le halage, qui se fait sur la rive droite dans les hautes eaux, est-il sur l’île dans les eaux basses et moyennes. Dans ce court trajet, la navigation éprouve de nombreuses difficultés, dues au défaut d’un halage fixe et aux attérissements du thalweg, provoqués eux-mêmes par plusieurs causes. Les mauvaises dispositions prises pour la rive gauche en amont de la Sambre, et le gravier qu’accumule cette rivière à son confluent, sont des causes de désordre dans le régime de la Meuse. (…) Une partie de ce gravier paraît être déplacée à chaque crue et emportée jusqu’aux Grands-Malades, où un haut-fond, qui date de loin et qu’on a plusieurs fois vainement essayé de détruire, s’étend sur une longueur d’environ 300 m, en ne laissant aux bateaux qu’un chemin étroit, où ils ont à peine 0,60 m à 0,50 m et même 0,45 m de mouillage.
Tel est l’endroit qu’il fallait améliorer par un essai de passe artificielle. On avait précédemment eu l’idée de creuser un chenal sur le haut-fond à l’aval de l’île, sur une longueur de 140 m, une largeur de 10 m, à 1 m en contrebas de l’étiage ; et on se proposait d’employer à cette opération le bateau-dragueur de la Sambre. Émise et abandonnée en 1834, cette idée a été reprise en 1837 et abandonnée de nouveau. (…)
Il devait donc paraître plus avantageux de placer la passe artificielle dans le lit même, en établissant le halage sur l’île.

La Meuse. Études faites par ordre du Gouvernement belge. 1. Rapport du 23 décembre 1839, Bruxelles, mars 1840, pp. 260-261.

Suite à l’aménagement dès 1842 de la passe artificielle des Grands-Malades située juste en aval de l’île (voir encart), le lopin de terre perd son statut d’île fluviale. En effet, le halage est construit sur sa berge gauche dans le prolongement de la rive droite de la Meuse. Le bras droit du fleuve est ainsi isolé, et se transforme en un petit étang qui servit de garage à bateaux à Félicien Rops et Armand Dandoy. Tous deux immortalisèrent à leur façon le lieu, avant son assèchement définitif.

Fiona Lebecque,
Présidente-Conservatrice du Centre d’Archéologie,
d’Art et d’Histoire de Jambes

Note

1. Les informations nécessaires à la rédaction et à l’illustration de ce focus sont extraites de L. Hiernaux et J.-P. Weber, Les couleurs de l’ombre. Paysages et monuments de la province de Namur dans l’œuvre photographique d’Armand Dandoy (1834-1898), (De la Meuse à l’Ardenne, 23), 1996, pp. 28-31 ; La Meuse. Études faites par ordre du Gouvernement belge. 1. Rapport du 23 décembre 1839, Bruxelles, mars 1840, pp. 260-261 ; B. Malter, Balade dans les îles de la Haute Meuse namuroise, dans l’Avenir du 05/08/2009 ainsi que le site WalOnMap de la Région wallonne (www.geoportail.wallonie.be).