Certains bureaux transformés en logements :
Un nouveau souffle pour la rive droite de la Meuse
Ces espaces, longtemps synonymes d’activité et de vie professionnelle, s’apprêtent désormais à connaître une seconde jeunesse : ils seront transformés en logements.
Une question restait alors en suspens : quel avenir réserver aux 44 600 m² de surfaces libérées à Jambes ? La réponse s’inscrit dans un contexte démographique en pleine évolution.
Début février, la Ville de Namur annonçait avoir franchi, au 1er janvier 2026, le cap des 115 330 habitants, selon les dernières statistiques officielles. Cela représente une hausse de 444 résidents par rapport à 2025. En dix ans, depuis 2016, la population namuroise a ainsi augmenté de près de 4799 habitants. Une progression régulière qui accentue la pression sur le marché immobilier. Dans un contexte déjà tendu, la capitale wallonne fait face à une pénurie persistante de logements à prix accessibles.
Dès l’annonce du déménagement des services régionaux, la Ville a pris les devants. « Un inventaire précis des bâtiments concernés a été réalisé », explique Stéphanie Scailquin, échevine de l’Urbanisme. Statut de propriété, calendrier de libération, potentiel de reconversion : chaque site a été passé au crible.
Dans un contexte où Namur manque cruellement de logements abordables, la piste résidentielle s’est rapidement imposée. Augmenter significativement l’offre permettrait, à terme, de contribuer à une stabilisation — voire une diminution — des loyers. « C’est une nécessité, même impérieuse », souligne l’échevine, évoquant les besoins des familles, des jeunes, des personnes seules et des aînés.
Les conclusions de l’analyse sont sans ambiguïté : une réaffectation majoritairement résidentielle constitue la meilleure option. Trois arguments soutiennent cette orientation : la plupart des immeubles sont situés en zone d’habitat ; la concentration historique de bureaux à Jambes est désormais compensée par les nouveaux pôles développés autour de la gare ; enfin, le marché tertiaire ne justifie plus le maintien d’un tel volume de surfaces administratives
Si la Ville n’est ni propriétaire ni maître d’ouvrage des sites concernés, elle entend néanmoins jouer pleinement son rôle. Permis d’urbanisme, charges imposées aux promoteurs, exigences en matière de qualité architecturale, de stationnement, d’espaces verts ou encore de mixité fonctionnelle constituent autant de leviers pour encadrer les futurs projets.
Des projets concrets déjà en cours
Si la reconversion du cœur de Jambes s’inscrira dans le temps, les premières manœuvres sont déjà bien engagées. Plusieurs projets sont actuellement à l’étude, représentant 141 nouveaux logements idéalement situés, à proximité des commerces et des transports en commun. La transformation des anciens immeubles occupés par la Région wallonne est donc bel et bien lancée.
Plusieurs projets sont d’ores et déjà à un stade avancé, offrant un premier aperçu concret de cette renaissance urbaine.
La preuve en est : un premier permis d’urbanisme a été délivré par le collège communal en novembre 2025. Il concerne la réaffectation de l’immeuble « Le Concorde », occupé jusqu’il y a peu par le SPW Finances.
Construit en 1984 par la société Cogesi, ce bâtiment de neuf niveaux (rez-de-chaussée et huit étages) ne sera pas démoli. À contre-courant de nombreux projets privilégiant la démolition-reconstruction, les promoteurs ont fait le choix de la réhabilitation. Les sociétés familiales namuroises Cogesi et Novobel ont ainsi choisi de préserver la structure existante afin d’y aménager 40 logements. La répartition se veut équilibrée : 40 % d’appartements deux chambres, 40 % d’une chambre et 20 % de studios. Huit logements —soit un par étage— seront adaptables au PMR. Le rez-de-chaussée, d’une superficie de 330 m², conservera une affectation à vocation commerciale, comme à l’époque de l’occupation par la Région wallonne. Il pourra accueillir des bureaux ou une activité médicale ou paramédicale. Les ascenseurs existants seront maintenus.
Certains appartements situés à l’arrière, aux premiers étages, disposeront de balcons, tandis que les appartements d’angle seront dotés de balcons dits « à la française » — une barrière de sécurité installée devant une porte-fenêtre, sans plateforme saillante.
L’immeuble bénéficiera également d’un nouvel atout : sur la toiture, une terrasse végétalisée panoramique d’environ 100 m² sera aménagée avec un deck en bois et accessible à l’ensemble des résidents. Elle offrira une vue dégagée sur la Citadelle, le Grognon et la Meuse.
Un choix qui se veut à la fois économique et environnemental, permettant de limiter l’empreinte carbone tout en proposant des logements de qualité à des prix abordables. La commercialisation devrait débuter dans un an sur base d’appartements témoins, pour une livraison annoncée d’ici deux ans.
Certains logements seront proposés à la vente, d’autres à la location. Les 35 places de parking existantes seront maintenues, avec une place et une cave par appartement. Des emplacements extérieurs supplémentaires seront également proposés à la location.
Situé aux numéros 93 à 97 de la rue Van Opré, l’immeuble qui a successivement accueilli les assurances de la Royale Belge puis la Direction générale opérationnelle de la Mobilité et des Voies hydrauliques (DGO1) du Service public de Wallonie (SPW), s’apprête à entamer une nouvelle page de son histoire avec un projet de reconversion.
Si peu d’éléments ont filtré quant aux détails architecturaux du projet, le bâtiment sera transformé en lieu de vie, notamment par l’aménagement de balcons.
Le projet prévoit la reconversion des bureaux, du premier au quatrième étage, en 16 logements, à raison de quatre appartements par niveau : un appartement une chambre, deux de deux chambres et un de trois chambres par étage.
Seize emplacements de stationnement pour voitures ainsi que 32 emplacements pour vélos, dont quatre destinés aux vélos cargo, sont également annoncés.
Dans le cadre des charges d’urbanisme, un appartement trois chambres sera confié en gestion à une Agence immobilière sociale (AIS).
Construit en 1974 par les fondateurs de la société Cogesi, l’immeuble Vinci situé au 29 de l’avenue Bovesse, fut à l’époque le tout premier bâtiment du territoire communal conçu entièrement pour une vocation de bureaux. Mis en location dès son achèvement, il est actuellement occupé par le SPW Finances, qui quittera les lieux à la fin du mois de mars 2026.
Entièrement rénové il y a une dizaine d’années, le bâtiment a fait l’objet d’importants travaux: isolation et rénovation des façades, désamiantage, remplacement de l’ensemble des châssis et réfection de la toiture.
En décembre 2025, la société Cogesi a introduit une demande de permis d’urbanisme en vue de reconvertir l’ensemble. Le dossier est actuellement à l’instruction et le feu vert du collège communal est attendu pour le 13 avril prochain.
Le projet prévoit la transformation du bâtiment (rez-de-chaussée et six niveaux) en 37 logements. Le programme comprendrait six studios d’environ 40 m², seize appartements une chambre (± 65 m²), treize deux chambres (± 110 m²) ainsi que trois duplex aménagés sous toiture au dernier étage : deux logements trois chambres d’environ 150 m² et un deux chambres de 120 m².
Trois logements, situés au rez-de-chaussée, seront adaptables aux personnes à mobilité réduite. Des terrasses et jardins privatifs y seront aménagés côté rue, protégés par des haies afin de préserver l’intimité des occupants. Des balcons seront ajoutés en façade avant, ainsi qu’au sixième étage, où ils seront aménagés des deux côtés du bâtiment.
Le projet prévoit 31 places de parking en sous-sol et à l’arrière du bâtiment, ainsi qu’un espace sécurisé de 50 emplacements pour vélos.
La commercialisation devrait débuter dès l’obtention du permis, soit en théorie en avril ou mai 2026.
« Pour cet immeuble comme pour le « Concorde », nous essayons de conserver au maximum les éléments encore en bon état : les ascenseurs, le chauffage au gaz de ville, les façades ou encore les aménagements des sous-sols. La chaudière a d’ailleurs été remplacée récemment. Bien sûr, nous adapterons le bâtiment aux normes et aux techniques actuelles, notamment en refaisant toute l’installation électrique, l’installation sanitaire, ventilation, double flux et l’isolation acoustique. Nous avons refusé plusieurs propositions de promoteurs qui souhaitaient racheter les bâtiments pour les désosser complètement. Ce n’était pas notre vision », précise l’administratrice de Cogesi.
Objectif affiché : atteindre un niveau de performance énergétique PEB A.
Au n° 103 de l’avenue Bovesse, un immeuble acquis par l’opérateur privé Immo3D doit être transformé en un ensemble de 31 logements. Le projet prévoit une isolation par l’extérieur, ainsi que l’aménagement de parkings, de locaux techniques et d’un espace vélos en sous-sol. L’intérieur d’îlot sera requalifié avec l’installation d’un carport végétalisé, tandis que le rez-de-chaussée conservera deux surfaces dédiées aux activités économiques. Trente emplacements de stationnement sont annoncés.
Les contours architecturaux du projet restent encore flous. On sait toutefois que l’immeuble sera réaménagé pour renforcer sa dimension résidentielle, notamment par la création de balcons, création de balcons, loggias et lucarnes.
Ce projet immobilier de 70 logements verra le jour sur un site s’étendant de l’angle formé par l’avenue Jean Materne et l’avenue de la Dame jusqu’au numéro 10 de cette dernière, et en profondeur jusqu’à la rue des Verreries.
Il comprend la maison située au 244 avenue Jean Materne, à l’angle de l’avenue de la Dame, ainsi que les garages et anciens entrepôts régionaux, autrefois occupés par la société Autocars Sambre & Meuse, créée par A. Burnonville, lesquels constituaient jadis les bâtiments de l’ancienne ferme de l’Abbaye de Géronsart.
Le permis d’urbanisme, introduit durant l’été 2025, est attendu dans le courant du mois de mai prochain. Si le calendrier est respecté, le chantier débuterait fin 2026 pour une livraison envisagée en 2028.
La construction comportera un rez-de-chaussée surmonté de trois étages, auquel s’ajoutera un niveau en attique — autrement dit construit en retrait de la façade principale. Les 70 logements seront répartis comme suit : 13 studios, 23 logements une chambre, 27 deux chambres et 6 trois chambres, un logement collectif de six chambres au rez-de-chaussée, un espace commercial et le niveau attique comprenant un appartement 2 chambres et un de deux chambres.
Tous les appartements seront accessibles aux personnes à mobilité réduite (PMR), conformément aux obligations légales. Cette accessibilité garantit un accès aisé aux logements. Par ailleurs, certains appartements ont été conçus de manière à pouvoir être adaptés, si nécessaire, pour répondre pleinement aux normes spécifiques liées à l’occupation par des PMR. Chaque logement disposera d’une terrasse, aux dimensions variables selon sa superficie. Un jardin commun, clôturé et réservé aux habitants, sera aménagé au rez-de-chaussée.
L’ensemble répond à des normes de PEB A voir A+.
L’Agence immobilière sociale AIES-Namur y disposera de cinq logements : trois appartements une chambre et deux appartements deux chambres, répartis aux premier et deuxième étage.
Le projet prévoit 47 places de parking en sous-sol et 114 emplacements vélos, aménagés à l’extérieur mais sous abri et sécurisés, accessibles uniquement aux résidents.
Une venelle publique reliera également la rue de la Dame à la rue des Verreries afin de faciliter les déplacements piétons.
Cette organisation favorise la mobilité douce grâce à sa situation stratégique au cœur de Jambes, où l’entité jamboise constitue un pôle multimodal situé à proximité immédiate de la gare, des transports en commun et d’une station de véhicules partagés, offrant ainsi des solutions pratiques pour tous les types de déplacements.
Avant toute construction, une phase de déconstruction sera menée. Il ne s’agira pas d’une démolition classique : les matériaux seront démontés soigneusement afin de favoriser leur réemploi. Briques, pierres, éléments métalliques et autres composants récupérables seront triés et envoyés vers des filières spécialisées.
Le site nécessite également un assainissement. Des analyses de sol ont révélé une pollution liée aux anciennes activités, notamment à la présence d’une citerne à mazout et d’une station-service. Les terres contaminées seront excavées et évacuées vers des centres de traitement agréés. L’objectif est clair : transformer un site pollué en terrain sain avant d’entamer la construction.
Le terrain concerné correspond à d’anciennes dépendances de l’Abbaye de Géronsart, qui comprenaient notamment une grange tout en longueur datant des XVIIe et XVIIIe siècles. Celle-ci se distinguait par ses pignons en briques à épis. Percée de fenêtres bombées à clé du XVIIIe s., elle s’ouvrait au sud sur un portail en plein cintre.
Au fil du temps, le site a évolué au gré de ses affectations. Il a notamment été transformé par les établissements Burnonville, qui en ont modifié la structure afin de permettre l’accès de leurs bus.
L’ancienne grange subsiste encore aujourd’hui. Certains éléments patrimoniaux ont été conservés, notamment des voûtes en briques et des colonnes en pierre, qui témoignent du passé du site. Ils seront soigneusement démontés en vue de leur réemploi.
D’autres projets, à l’étude ou en cours, témoignent de cette volonté de transformer les friches administratives en véritables lieux de vie. Dans ce contexte, l’opération présentée dépasse largement la simple création de logements : elle vise à recréer une dynamique de quartier en apportant verdure, lumière et convivialité à des bâtiments autrefois consacrés à des fonctions strictement administratives. Elle marque un tournant pour la rive droite de la Meuse, qui affirme progressivement une identité plus résidentielle et mixte. En répondant à la pénurie de logements tout en valorisant des structures existantes, la reconversion conjugue bénéfices écologiques et sociaux, favorisant la mixité ainsi que la proximité des services et des transports. Loin de laisser place au vide, elle ouvre la voie à une véritable renaissance urbaine, transformant d’anciens bureaux en foyers accueillants et s’imposant comme l’une des initiatives majeures pour la redynamisation du quartier.