Encore des éléphants !

30 août 1994. Les éléphants de l’American Circus traversent le Pont de Jambes (fonds André Dubuisson).

À la lecture de la chronique parue dans le numéro précédent de Côté Jambes, des Jambois m’ont signalé se souvenir que des éléphants avaient circulé à Jambes il n’y a pas si longtemps. Ils avaient raison. Leur mémoire ne leur a pas fait défaut. C’était en août 1994. La législation sur le bien-être animal n’avait pas encore interdit la présentation d’animaux exotiques dans des spectacles de cirque. Ce sera le cas, vingt ans plus tard, en 2014. Du 1ᵉʳ au 4 septembre 1994, l’American Circus se produit sur l’esplanade de la Citadelle de Namur. Le cirque n’a d’américain que le nom puisqu’il a été créé en Italie, à Turin, en 1963, par un organisateur italien, Fernando Togni. L’American Circus effectuera des tournées à travers l’Europe pendant plus de trente ans. Il emploie trois cents personnes dont une trentaine de membres de la famille Togni. La plupart assurent une partie du spectacle. Son chapiteau principal abrite trois pistes, tout comme celui du Cirque Barnum en 1901, mais il est plus petit, n’acceptant que quatre mille spectateurs. Comme c’était le cas à l’époque, les animaux assurent une place importante dans l’intendance du Cirque. De ville en ville, la ménagerie est acheminée par train alors que la masse du matériel est transportée par camions que suivent ou précèdent les caravanes des artistes, des musiciens et du personnel de manutention. La ménagerie compte deux cents animaux dont 43 chevaux – d’élégants lipizzans, des palominos et des purs-sangs arabes -,  et 14 éléphants. Les voilà ! Durant le spectacle, ils sont présentés par le « patron », Flavio Togni, le fils de Fernando. Il a grande réputation. En 1983, il a remporté le Festival du Cirque de Paris et, par la suite, obtenu par deux fois, le Clown d’argent du Festival du Cirque de Monte-Carlo. À l’ouverture du spectacle, Flavio Togni présente un numéro avec quatre éléphants et des chevaux. Lors de la seconde partie, après l’entracte où les spectateurs peuvent visiter la ménagerie, Flavio T. entraîne toutes les quatorze éléphantes indiennes dans une ronde animée par l’orchestre. Au terme de ce ballet, un des éléphants se laisse tomber sur Flavio sans l’écraser. « Du grand art», écrit Guy Ittelet dans Le Soir. Le public est ravi. « Les petits en auront des choses à raconter à l’école ! », écrit Jean-Marc Uyttebrouck dans Vers l’avenir.

Vers l’avenir, 26 août 1994 (Archives de Wallonie).

3 septembre 1994. Repas des éléphants au Casino (fonds André Dubuisson).

Mais je vous ai parlé de Jambes, me direz-vous.
Voici pourquoi.

Pour accéder à la Citadelle, les 14 éléphants de l’American Circus ont été débarqués en gare de Jambes-Nord. De là, ils ont parcouru toute l’Avenue du Bourgmestre Jean Materne en file indienne et passé le Pont de Jambes pour gravir la Route Merveilleuse. Le photographe André Dubuisson n’a pas voulu manquer cette photo historique. Il a choisi un emplacement d’où son appareil pourrait capter l’ensemble de la scène. André Dubuisson ayant fait don de ses archives photographiques au SIJambes (encore grand merci à lui !), nous avons pu aisément mettre la main sur ce cliché et le publier ici.

Vrai de vrai, par la suite, il n’y aura plus jamais d’éléphants à Jambes.

Quant aux éléphants venus à Jambes en 1901avec le cirque Barnum, l’un d’eux est resté à Tours, en Val-de-Loire. Lors de la tournée européenne du Cirque Barnum en 1901-1902, un des plus vieux éléphants, Fritz, né dans les années 1820, y est mort tragiquement. La Ville qui avait fait empailler sa dépouille à l’époque, la conserve toujours dans son Musée des beaux-arts. Fritz est devenu le symbole de la défense du bien-être animal.

Sources :

Le Soir 17 aout 1994, Vers l’avenir 26 août et 4 septembre 1994.