Le Siège de Namur, en passant par Jambes*

Plan du siège de Namur en 1746 par Borgnet, réunissant les deux plans  (siège du château et siège de la ville), joints à l’ouvrage de Faesch, Journaux des sièges de la campagne de 1746 dans les Pays-Bas (Amsterdam, 1750, un vol. in-12).
Coll. Fondation Société archéologique de Namur, inv. B-Pl-050. 

Détail du plan du siège de Namur

Nous sommes en septembre 1746. Namur est le théâtre d’un épisode de la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) : Louis XV veut mettre la main sur Namur, après avoir successivement pris Bruxelles, Malines, Anvers, Mons, Saint-Guislain et Charleroi.
Les manœuvres dans la plaine de Jambes furent capitales pour la prise de Namur lors de ce siège. Lisez plutôt, tout en suivant le récit sur le détail du plan ci-joint :
L’ordre d’investir la ville est donné le 6 septembre. Les dispositions faites et l’artillerie arrivée, l’ouverture de la tranchée fut réalisée, durant la nuit du 12 au 13 septembre, par 4050 travailleurs de nuit, sur les deux rives de la Basse-Meuse et sur les hauteurs du Coquelet.
Durant la 2e nuit, les Français poursuivirent le creusement de leur tranchée sur la plaine avec une demi-parallèle qui pinçait l’angle de la lunette de la redoute de Bivac.
Au cours de la 3e nuit, le boyau de la nuit précédente fut poussé par traverses tournantes jusqu’au bord de la rivière. On y commença une batterie N pour battre l’enveloppe de la porte Saint-Nicolas.
A 10 heures du soir, deux compagnies de grenadiers d’Alsace munis d’échelles surgirent pour escalader la redoute de Bivac. Ces deux compagnies étaient soutenues de deux autres de grenadiers boyaux, et lorsque 10 ou 12 échelles furent posées, les grenadiers y montèrent avec beaucoup d’intrépidité, et prirent ou tuèrent 60 hommes qui défendaient la redoute…
Cette expédition à peine finie, ils aperçurent sur la rivière une barque remplie de soldats qui venaient relever ce poste. Ils les laissèrent débarquer dans le plus grand silence et dès qu’ils furent entrés dans l’ouvrage, ils les firent prisonniers.
Les Français trouvèrent dans le fort 3 pièces de canon et quelques provisions de bouche et firent 123 prisonniers.
Une batterie P de 8 pièces fut construite, dont 6 pièces visaient le front de saint Nicolas et 2 la gorge du fort Balard.
Durant la 4e nuit, les français prolongèrent le boyau le long de la rivière pour y placer une batterie Q qui commença à tirer dès le matin, aussi bien que la batterie N.
Durant la 5e nuit, le crochet, qui terminait le logement gauche destiné à couvrir une batterie R dirigée sur la porte Saint-Nicolas, fut prolongé pour installer une batterie S tournée vers le fort de Jambes. Le feu des assiégés fut fort opiniâtre pendant cette nuit-là.
La redoute Balard, celle qui pouvait le plus incommoder la tranchée jamboise, fut prise et enlevée suite à la négligence d’un soldat qui, en entrant, avait laissé la porte à demi ouverte. Les grenadiers français s’en aperçurent, s’avancèrent et l’emportèrent.
Durant la 6e nuit, les batteries en brèche continuèrent avec succès et, au cours de la 7e nuit, les batteries jamboises ayant ouvert une brèche dans la porte Saint-Nicolas, douze compagnies de grenadiers soutenues de douze autres firent l’attaque de la Ville de Namur. Elles se glissèrent le long de la Meuse, montèrent par la brèche de l’enveloppe et s’emparèrent de ce vaste terrain sans essuyer la moindre résistance. Près de 300 hommes à qui la retraite fut coupée se rendirent. A midi du 19 septembre, le drapeau blanc fut arboré sur la porte Saint-Nicolas, vers minuit, la capitulation fut signée et deux heures plus tard, les portes de Saint-Nicolas et de Fer furent remises aux Français. Le siège du Château allait pouvoir commencer…

Extrait du « Journal du Siège de la Ville de Namur par les Français », manuscrit Soc. Arch. 65.
La vue d’un assiégé :
Dimanche 18 septembre
« A onze heures de la nuit les Français se glissèrent le long des murailles du côté de la Meuse par la brèche au-dessous de la tour Saint Roch sans beaucoup de résistance et s’emparèrent des ouvrages de la seconde porte de Saint Nicolas où ils se logèrent. (…) Le général Crommelin avait fait miner la brèche mais on n’eut pas le loisir de mettre le feu. Cependant toute cette nuit on travailla à ériger des batteries sur les remparts et on barricada la porte de saint Nicolas avec des madriers, poutres, terre et fumier, et on abattit quelques arcades du pont de pierre. De même une au pont de Meuse près de la porte de Jambes, où on dit que les ennemis s’étaient emparés du chemin couvert et des palissades.
Le Capitaine avec 30 hommes qu’on avait laissé au fort Coquelet capitula, il sortit avec les honneurs militaires et fut prisonnier de guerre avec son monde. (…) On abandonna aussi tous les ouvrages et le faubourg de la porte de Jambes. »

Lundi 19 septembre
« Comme les Français continuèrent à augmenter la brèche du rempart, et qu’ils s’étaient déjà retranchés entre les deux portes de Saint Nicolas on arbora le drapeau blanc sur le bastion pris de la tour de Saint Roch à onze heures du matin et on battit la chamade, on demanda à capituler pour la Ville et on convint de donner des otages de part et d’autre de la porte de fer à une heure après midi.

Tout le quartier de la basse Ville se trouva saccagé par les boulets et bombes. »

* Le présent récit a été rédigé sur base de manuscrits conservés dans la Réserve précieuse de la Société archéologique de Namur.
Il s’agit des manuscrits Soc.arch 65 à 71, parmi lesquels le n° 69 reprend notamment des extraits de Faesch, Journaux des sièges de la Campagnie de 1746 dans les Pays Bas, Amsterdam, 1750 et de Funck et d’Illens, Plans et journaux des sièges de la dernière guerre de Flandres rassemblés par deux capitaines étrangers au service de la France, à Strasbourg, chez Melchior Pauschinger, 1750.