Des scouts sur la piste d’un trésor oublié – CJ133
Le scout Jean Colette à l’origine des fouilles de 1918.
Jusqu’au 30 août 2026, le Musée de la Tour d’Anhaive accueille l’exposition temporaire intitulée Pays de Dave. Rendant hommage à la revue du même nom, celle-ci explore différentes facettes de l’histoire de ce village de la vallée mosane. En parallèle à ce rendez-vous, est publié l’Abécédaire du Pays de Dave qui regroupe des articles qui ont marqué les trente années de parution de la revue. Il est en vente au Syndicat d’Initiative de Jambes ainsi qu’au Musée de la Tour d’Anhaive au prix de 20€.
Pour l’occasion, la rubrique Art et Patrimoine du Côté Jambes explore un aspect de la vie et du patrimoine davois·e. Pour ce 133e numéro, Art et Patrimoine vous raconte la curieuse aventure de deux scouts, Jean Colette et André Decelle, dans les rochers du Néviau.
Aussi loin que l’on puisse remonter, les rochers de Néviau, perchés au-dessus de la Meuse, semblent veiller sur la vallée. Grâce à leurs abris naturels, ils ont offert refuge aux groupes humains dès la préhistoire. On pressentait depuis longtemps que ces rochers cachaient des trésors venus d’un autre âge… mais il faudra une aventure inattendue pour révéler leurs secrets.
Tout débute en 1914, lorsqu’une troupe scoute explore les rochers du Néviau. Surpris par un violent orage, les scouts se réfugient dans une faille rocheuse. Pour se réchauffer, ils allument un feu. Avant de partir, Jean Colette, âgé de 14 ans, disperse les cendres. Il fait alors une découverte inattendue : deux fragments de poterie. Intrigué, il les glisse dans son sac, sans imaginer qu’il vient de mettre la main sur les premiers indices d’une histoire bien plus ancienne. Puis, la guerre éclate et les objets tombent dans l’oubli.
En 1917, Jean retrouve les fragments et les montre à son ami André Decelle, passionné d’objets anciens. Fasciné, celui-ci le convainc de retourner sur place. Et là, surprise… ils découvrent d’autres vestiges : une hache polie, un éclat de silex…
Émerveillés, ils en parlent à leur professeur d’histoire, qui les encourage à contacter le Musée archéologique de Namur. Très vite, la Société archéologique de Namur (SAN) reconnaît l’intérêt exceptionnel des trouvailles. Une campagne de fouilles est organisée sous la supervision de la SAN, à laquelle Jean et André participent activement.
Une aquarelle de Jean Colette illustrant le carnet de
fouilles.
Catalogue de Jean Colette consignant le relevé des
fouilles.
Avec un sérieux remarquable, Jean consigne chaque découverte dans un carnet soigneusement tenu et abondamment illustré. Il mesure, décrit, identifie et dessine chaque objet à main levée.
Mais le climat n’est pas toujours propice à la campagne de fouilles. En septembre 1918, alors que les archéologues dégagent un bloc rocheux, un soldat de l’armée allemande surgit. Depuis plusieurs jours, il observait leurs allées et venues et les soupçonnait de préparer une opération contre un dépôt de munitions. Jean et André sont arrêtés, conduits au corps de garde, puis interrogés. Après plusieurs heures, le malentendu se dissipe : Jean et André sont finalement relâchés. Quelques jours plus tard, une autorisation officielle leur permet de reprendre les fouilles.
Leur persévérance sera récompensée : leurs découvertes révèlent une présence humaine dans la vallée mosane dès le Néolithique. Les fouilles mettent au jour de nombreux silex, des haches ainsi que des ossements gravés utilisés à des fins spirituelles. Elles témoignent également d’une occupation funéraire à l’époque romaine grâce à des fragments d’urne, une épingle de défunt et des traces de charbon de bois.
Aujourd’hui encore, cette aventure revit dans l’exposition Pays de Dave au Musée de la Tour d’Anhaive, où le carnet de Jean Colette et les objets découverts sont réunis pour la première fois depuis 1918.
Vue panoramique des rochers du Néviau dessinée par Jean Colette.