Un Jambois honoré par le Canada

Une distinction pour un passeur de mémoire

Le jambois, Jean-Francois Husson, honoré par la ministre canadienne pour son travail de mémoire devant la monument funéraire du Soldat Patrick Byrne au cimetière de Jambes.  

Jambois depuis le début des années 1970, Jean-François Husson vient de recevoir une distinction qui récompense un engagement commencé il y a plusieurs années autour de la mémoire des soldats du Commonwealth. Le 3 juillet dernier, à Poperinge, la ministre canadienne des Anciens Combattants, Jill McKnight, lui a remis la Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants.

Cette distinction vient saluer son travail bénévole en faveur de la mémoire des soldats canadiens, mais aussi les liens qu’il contribue à entretenir entre ces hommes venus combattre en Europe et notre région.

Connu professionnellement pour son parcours dans les domaines de l’économie, des finances publiques et de l’enseignement, à l’UCLouvain et à la HENALLUX, Jean-François Husson a pourtant toujours entretenu un intérêt marqué pour l’histoire. Il a d’ailleurs longtemps hésité entre l’économie et cette discipline qui l’attirait déjà durant ses études. Son goût pour les « séries longues », développé dans sa formation économique, l’amenait à s’intéresser aux origines des phénomènes et aux événements permettant de mieux comprendre le présent.

Cet intérêt s’est également nourri de ses années comme guide à la Citadelle de Namur, durant une grande partie de ses études secondaires et universitaires. Au fil des années, cette passion pour l’histoire locale l’a conduit à s’intéresser plus particulièrement aux liens entre notre région et les soldats britanniques, irlandais, canadiens, australiens et, plus largement, les pays du Commonwealth.

Le véritable déclic survient pourtant loin de Namur, au Pays de Galles, lors d’une visite au château de Caernarfon. Dans le musée consacré aux Royal Welch Fusiliers, il découvre une nouvelle fois la mention « Namur 1695 ». Cette référence, déjà aperçue dans d’autres musées britanniques, l’interpelle. Alors que le siège de Namur de 1692 par Louis XIV est davantage connu dans notre région, certains épisodes de cette histoire semblent avoir laissé davantage de traces outre-Manche qu’ici. Il décide alors de creuser le sujet.

Ses recherches vont progressivement révéler toute une série de liens entre Namur, Jambes et le monde britannique : les navires de la Royal Navy baptisés HMS Namur, les soldats britanniques enterrés dans la région, les unités canadiennes de passage à Namur ou encore la présence de troupes britanniques durant la bataille des Ardennes. Mais elles vont également faire émerger des histoires individuelles de soldats dont les parcours avaient parfois sombré dans l’oubli.

 

Débarqué en France en 1915 avec la 16ᵉ Division irlandaise, le soldat Patrick Byrne (1er Royal Dublin Fusiliers) repose au cimetière de Jambes.

Derrière les noms, des histoires

Pour Jean-François Husson, l’histoire prend surtout son sens lorsqu’elle retrouve un visage et un nom.

Patrick Byrne, soldat irlandais enterré au cimetière de Jambes, Florian Filiatreault, jeune Canadien mort à 22 ans et commémoré à Namur en 2019, ou encore Elsie Gladstone, la seule infirmière britannique décédée chez nous et enterrée en Wallonie : autant de destins auxquels ses recherches ont permis de redonner une histoire.

Cette volonté de faire vivre ces mémoires l’a conduit, en 2020, à créer le British Remembrance Sunday, organisé depuis chaque année au cimetière militaire de Belgrade.

Le Remembrance Sunday est une journée de commémoration observée au Royaume-Uni et dans plusieurs pays du Commonwealth pour rendre hommage à ceux qui sont morts au service de leur pays lors des conflits armés. À Belgrade, la cérémonie rend hommage aux soldats britanniques et du Commonwealth morts durant les deux guerres mondiales. Les Canadiens y occupent une place particulière.

Mais la particularité de la cérémonie namuroise réside surtout dans l’attention portée aux destins individuels. Chaque année, plusieurs soldats sont évoqués par leur nom, leur âge, leur métier, leur parcours militaire et, lorsque les recherches le permettent, leur famille et les circonstances de leur décès. Une manière de rappeler que derrière les noms gravés dans la pierre se trouvent des vies, des familles et des destins.

« Tant qu’on parle d’eux, le soldat n’est pas tout à fait mort », résume Jean-François Husson.

Une distinction inattendue

C’est notamment ce travail de recherche consacré aux Canadiens qui a retenu l’attention du gouvernement canadien.

Au fil de ses recherches et de ses participations à différentes cérémonies, Jean-François Husson avait noué des contacts avec l’ambassade du Canada. Il s’était notamment intéressé au Royal 22ᵉ Régiment, au jeune Florian Filiatreault et à la présence canadienne durant la bataille des Ardennes.

À la mi-juin, un courriel de l’ambassade lui annonce que la ministre canadienne des Anciens Combattants sera en Belgique le 3 juillet. Son nom figure alors parmi les dix personnes retenues dans le cadre de la sélection. Quelques jours avant la cérémonie, la confirmation tombe : il recevra bien la distinction.

« Le premier mail était quand même surprenant. Je ne m’y attendais pas du tout », se souvient-il.

Le 3 juillet, à la Talbot House de Poperinge, il reçoit officiellement la Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants, aux côtés d’autres bénévoles reconnus pour leur contribution à la mémoire et au soutien des vétérans canadiens.

Une reconnaissance qui compte

Pour Jean-François Husson, cette distinction est avant tout une reconnaissance du travail accompli.

« Ça fait plaisir de se rendre compte que, outre les petits mots d’encouragement ou les mails que l’on peut avoir de temps en temps, ce travail ne passe pas inaperçu et qu’il est reconnu comme un travail de qualité. »

Elle ne marque toutefois pas l’aboutissement de ses recherches. Bien au contraire. Il poursuit son travail, avec notamment un projet consacré au lieutenant Deslauriers, un soldat canadien enterré à Sambreville dont le parcours mérite, selon lui, d’être mieux connu.

La reconnaissance reçue à Poperinge pourrait également lui permettre de nouer de nouveaux contacts. Car son travail repose largement sur les échanges : avec les familles de soldats, les associations, les militaires, les historiens ou encore les représentants diplomatiques. Autant de rencontres qui permettent de croiser les informations, de retrouver des traces et de mieux documenter ces parcours.

Ne pas perdre le fil de l’histoire

Au-delà des noms, des dates et des cérémonies, Jean-François Husson considère le devoir de mémoire comme un moyen de mieux comprendre le présent.

« Je pense qu’il y a d’abord la perte de connaissances historiques, ce qui nuit à une mise en perspective par rapport à pas mal d’enjeux actuels. On risque aussi de perdre de vue les interconnexions et les questions de solidarité internationale dans les moments de crise. »

Pour lui, rappeler que des Britanniques, des Canadiens, des Irlandais ou des Australiens sont venus combattre en Europe permet aussi de mesurer combien les conflits dépassent les frontières et combien les solidarités internationales peuvent être déterminantes.

Après toutes ces années, il peine à retenir une seule rencontre ou une seule histoire. Il parle plutôt d’un faisceau de contacts, d’amitiés et de retrouvailles nés au fil de ses recherches.

Mais à la question de savoir ce qu’il dirait à l’un de ces soldats s’il pouvait aujourd’hui se retrouver face à lui, sa réponse est immédiate :

« Merci. Et désolé que tu y sois resté. »

Quelques mots qui résument peut-être l’essentiel de son engagement : reconnaître le sacrifice, transmettre le souvenir et ne pas laisser disparaître les histoires de ceux qui, un jour, ont croisé celle de notre région.

À Jambes comme ailleurs, Jean-François Husson poursuit ainsi son travail de passeur de mémoire, avec la conviction que les histoires d’hier peuvent encore nous aider à comprendre le monde d’aujourd’hui.

Jean-François Husson devant la sépulture de Patrick Byrne au cimetière de Jambes.

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